DSC_6670-ter

Trio Ebrel-Le Buhé-Vassallo

- Paotred – Chansons d’hommes  / création 2017

- Teir 

Paotred -  Chansons d’hommes  

création 2017

Si le choix de ce thème s’accompagne d’un sourire, il n’en correspond pas moins à une véritable réflexion. On a souvent mis en avant le rôle des femmes dans la transmission et leur place dans les histoires chantées. On en oublie de voir qu’en réalité les hommes sont omniprésents : ce sont eux qui s’expriment dans la quasi-totalité des chansons d’amour, et dans bon nombre de chansons légères ; eux seuls qui, autrefois, pouvaient aller danser et chanter où bon leur semblait ; eux qui agissent, en bien ou en mal, dans la plupart des gwerzioù (complaintes anciennes), dont certaines sont même entièrement consacrées à leurs batailles. Eux qui laissent à la Basse-Bretagne un répertoire à part : celui du déchirement des conscrits sur le départ.

Le regard du trio va cependant bien au-delà de la mise en lumière d’une domination. Certes, chercher soudain des « chansons d’homme » comme on a coutume de chercher des « chansons de femmes » , c’est mettre en valeur le fait qu’aujourd’hui encore le masculin est la norme et le féminin l’exception ; c’est aussi éclairer un monde où il ne faisait pas bon être femme. Mais ce qui apparaît également, c’est l’oppression des hommes par les hommes. Les chansons parlent d’image virile, de pression sociale, de sentiment réprouvé ou assumé, de sexualité sous tous les angles, d’adolescence, de faiblesse et de doute ; des tourments de l’amour aussi, bien sûr, sous le poids des inégalités sociales ou des calculs matrimoniaux… Et, tout d’un coup, il tombe sous le sens que, si souvent, ce soient des femmes qui aient chanté ces témoignages d’hommes : en chantant ce qu’ils avaient tant de mal à dire, elles parlaient pour eux. Les chansons d’hommes portées par des voix de femmes ne racontent pas seulement une société corsetée et inégalitaire : elles sont aussi le geste d’amour d’une souffrance partagée, d’une solidarité humaine au-delà des rôles assignés.

Cette tendresse guide le trio, de l’hilarante autodérision de l’ancien coureur de jupons à la vulnérabilité des clercs amoureux ; des duels à l’épée à l’euphorie du futur marié ; de l’ironie des cocus au chœur des conscrits arrachés à leur monde par le roi, Napoléon ou la guerre d’Algérie ; du deuil de l’aimée aux garçons en goguette… On découvrira dans Paotred le regard nuancé des trois chanteuses sur les inégalités passées et présentes, mais on y retrouvera surtout l’émotion de les entendre donner une voix à des jeunes gens qui ne furent, souvent, guère plus libres que leurs sœurs.

C’est cette émotion qui demeure : l’inversion des rôles, si piquante soit-elle, ne sert qu’à montrer combien ceux-ci demandent à être dépassés. Au-delà, il n’y a plus ni femmes ni hommes, seulement un trio d’artistes en pleine possession de leur chant, racontant le chagrin, la rigolade, la crainte et la joie, avec de grandes voix qui parlent pour nous tous.

Distribution :

Annie Ebrel, Nolùen Le Buhé, Marthe Vassallo : chant a cappella

Frédérique Lory : collaboration artistique, arrangements

Teir

Nolùen, Annie et Marthe, camarades de longue date qui font les belles heures de la musique bretonne, se retrouvent enfin, pour de bon, ensemble sur scène.

Leur concert de chants a capella en breton allie le bonheur d’un retour aux sources, la surprise d’une approche inédite, la maestria de trois grandes voix et la simplicité d’une soirée entre amis. Elles promènent l’auditeur des rives du Trégor à celles du pays Vannetais, en passant par les chemins creux du Centre-Bretagne, tout en lui faisant remonter les siècles, d’hier matin au haut Moyen-Âge. Elles l’emmènent aussi plus profondément, dans la chair des mélodies elles-mêmes, dans les détours des textes, dans les échos des versions, dans les formes où parler et chanter se confondent. Car les trois amies ne se contentent pas de panacher leurs répertoires habituels : elles tirent parti des possibilités d’un trio dans des constructions sonores qui donnent un éclairage inattendu et nouveau sur la richesse de la matière première.
Toutes trois sont parmi les grands noms de la musique bretonne.
Côté traditionnel, elles chantent depuis toujours en solo ou deux à deux, suivant les formes de base du chant breton: Annie et Nolùen en fest-noz, Nolùen et Marthe en concert.
Côté expérimental, d’apprentissages en aventures, chacune s’est dessinée un cheminement bien à elle, et leur réunion est aussi l’addition d’une variété impressionnante de rencontres – du fest-noz au jazz et à la musique classique en passant par l’écriture, le théâtre, le rock, la danse contemporaine ou la télévision.
Elles en ont rapporté une liberté toujours plus grande et un amour toujours plus profond pour le répertoire premier : les gwerzioù et sonioù a capella, à danser et à écouter.
C’est autour de ces trésors qu’elles se réunissent, pour les partager avec émotion, bonne humeur et passion.