annie ebrel - riccardo del fra

Annie Ebrel & Riccardo del Fra

A l’occasion de la réédition de son album « Voulouz Loar – Velluto di Luna », (diapason d’or en 1999), chez Coop Breizh, le duo reprend la route !

Voulouz Loar-Velluto di Luna  est certainement l’un des disques qui a le plus marqué la musique bretonne de ces 20 dernières années!

C’est en effet la première fois qu’une chanteuse traditionnelle de gwerzioù bretonnes rencontre un musicien de jazz, contrebassiste de son état….et la rencontre est d’une telle richesse, d’une telle nouveauté…qu’elle a bien marqué les annales !

Cette formule intimiste laisse beaucoup de place à chacun. Sur les premières plages notamment la Gwerz « Skolvan », Annie Ebrel ne semble pas se laisser compter par la contrebasse, déroule son chant, presque imperturbable. Elle pourrait être seule, a capella, comme elle l’a montré sur son disque précédent (Tre Ho Ti Ha Ma Hini), et c’est d’ailleurs ainsi qu’elle s’élance sur « Kannennoù », portée par un bourdon vocal polyphonique par le truchement du re-recording, anticipant de quinze ans ses harmonies avec Marthe Vassallo et Noluèn Le Buhé au sein de « Teir ».

Ailleurs, Riccardo Del Fra essaye de ne pas déranger le chant. Pourtant sa contrebasse n’est ni effacée, ni ordinaire. Elle n’est simplement pas là où elle est habituellement attendue, comme libérée du temps, et cela apporte une couleur différente qui se rapproche de certains types de jazz modernes. La contrebasse joue les mutines allégresses, émaille sa voluptueuse lenteur d’ornementations labyrinthiques puis suspendues. Ailleurs, sur deux airs à danser (« Dañs Tro Lors » et « Pach Pi »), Del Fra pose une pulsation régulière tout en apportant une riche matière harmonique qui se déplace pendant le morceau, ce qui confère au chant des volumes et des espaces inédits.

Une écoute plus attentive nous permet d’entendre combien Ebrel se confie à la contrebasse. Le duo palpite sur un jeu d’attirance et de complétude. La voix et la contrebasse sont accordées à la fluidité d’une espérance. Ils nous entraînent à funambuler sur le fil si dense et si incertain de l’imaginaire. Ebrel chante de tragiques complaintes mais aussi l’éveil de l’amour et les nuits de désir et d’attente. Les deux artistes s’effleurent, comme un lent balancement. « Voulouz Loar » est la pièce la plus mirifique, composée par Del Fra sur un poème de Helias, elle suggère une séquence à la fois visuelle, sonore et odorante, soutenu par le passage atmosphérique d’un quatuor à cordes. Cette ode amoureuse se prolonge par « Apollon » :« Hag a ra d’an dud yaouank en em garout parfet » (et permettez aux jeunes gens de s’aimer profondément). Pareille symbiose n’aurait pas pu être possible si Ebrel et Del Fra ne formaient pas alors une paire intime au quotidien. »

Arnaud CHOUTET, Une anthologie de la musique bretonne, des années soixante-dix à nos jours, Ed. Le mot et le reste, 2015.

Trad Magazine, mai/juin 1999
« La rencontre entre Annie Ebrel, la chanteuse bretonne et le contrebassiste romain Riccardo Del Fra aurait pu rester anecdotique au terme de la tournée Gwerz Pladenn 95 si le duo n’avait pas éveillé l’enthousiasme du public et l’attention des chroniqueurs et des professionnels. Un an et demi plus tard une création se matérialise sur la scène du théâtre Max Jacob de Quimper. C’est Douar Glizh, un récital autour de la gwerz et de l’improvisation, mis en espace par Michel Rostain, l’actuel directeur de la Scène Nationale en Cornouaille. Son exclusivement acoustique et travail de la scène axé sur l’économie de l’effet et la retenue du geste ainsi que le requièrent les complaintes ancestrales… Ce traitement savant se devait d’aboutir sur un enregistrement à la hauteur. Voulouz Loar répond largement à cette attente. Résultat évident d’une fine réflexion de la part des concepteurs, l’intérêt pour ce disque croit au fur et à mesure qu’apparaissent les morceaux. D’un simple pas de conduite que la contrebasse accorde d’entrée à la chanteuse, la ponctuation va prendre corps et s’investir pour trouver dans le rythme et la mélodie des propositions qui viennent pigmenter parcimonieusement le dramatique et la profondeur de l’interprétation sans jamais supplanter le chant implanté là et bien là. Chemin faisant, le duo rencontrera une demie douzaine de musiciens, un ensemble de cordes (Régis Huby, David Braccini, François Michaud : violon, Sylvie Berger : alto, Alain Grange : violoncelle, Giampiero Cremonini : contrebasse) venu à l’occasion prêter main forte et comment, sur les arrangements de Riccardo Del Fra. Annie Ebrel abandonne progressivement le mimétisme des anciens qu’elle endossait il n’y a pas si longtemps encore au profit d’une expression plus personnelle dans laquelle s’affirme des choix artistiques faisant appel à la littérature (Per Jakez Hélias) et à la technique vocale (travail sur les intervalles, empilement de voix…) évidemment absente sous cette forme du contexte traditionnel. Des estrades des festoù-noz aux grandes scènes européennes il y avait un monde. Elle, peau blanche moulée dans l’étoffe noire, lui, teint mat et large costume anthracite le parcourent aujourd’hui, attirant à eux une quasi unanimité, ce qui vous le savez est plutôt rare… particulièrement en Bretagne ou c’est un exploit!!! »
Dominique Le Guichaoua

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 Annie Ebrel  Paotred – Trio Ebrel – Le Buhé – Vassallo  Annie Ebrel & Anne Auffret